L'endométriose c'est quoi ?

Comment fonctionne l'endométriose.

Je suis une statistique. Cette femme sur dix qui a de l’endométriose. Je suis ce qu’on appelle une endo-girl. Quand j’ai appris que j’avais cette maladie chronique j’ai eu besoin de comprendre au maximum le mécanisme de celle-ci. Alors pour expliquer cette maladie intime qu’est l’endométriose, regardons d’abord comment fonctionnent l’utérus et l’endomètre.

schéma utérus

L’endomètre, c’est la muqueuse interne de l’utérus. Suivant le cycle menstruel – et donc les hormones associées – cette muqueuse va s’épaissir dans le but d’accueillir un embryon. En fin de cycle, quand il n’y a pas eu de fécondation, l’endomètre épaissi se désagrège : ce sont les règles. Bon ça c’est le fonctionnement normal du cycle menstruel, l’endomètre est bien à sa place dans l’utérus et les règles à la fin d’un cycle ont une porte de sortie vers le vagin.

tunnel règle

Pour certaines femmes en revanche, on retrouve des cellules de l’endomètre en dehors de la cavité utérine : trompes, ovaires, extérieur de l’utérus, système digestif, système urinaire,… Les lésions se situent généralement sur les organes situés dans le péritoine, c’est-à-dire dans le ventre, mais peuvent dans de rares cas être présentes sur les poumons, le cerveau,… C’est ça l’endométriose.

tindeur

L’endomètre qui réagit en fonction des hormones va donc s’épaissir pendant le cycle, même l’endomètre situé dans des endroits anormaux dans le cas de l’endométriose. En fonction de là où sont placés ces groupements de cellules d’endomètre, d’horribles douleurs peuvent apparaître. Ces phénomènes peuvent créer des réactions inflammatoires. Et pour finir, une fois le cycle menstruel terminé, l’endomètre qui se transforme en saignements est piégé, le sang ne pouvant pas s’écouler par les voies naturelles. Vous comprenez à quel point tout ça peut vite dégénérer.

Dessin endométriose abdominale

Les stades

On classe l’endométriose en cinq stades qui sont calculés en fonction de la localisation des lésions et adhérences ainsi qu’en fonction de leur extension en taille et en profondeur.

stade 1
Stade 1 : endométriose minime.
Présence de lésions légères isolées.
stade 2
Stade 2 : endométriose légère.
Présence de lésions légères.
stade 3
Stade 3 : endométriose modérée.
Présence de lésions superficielles et profondes, adhérence.
stade 4
Stade 4 : endométriose sévère.
Présence d'endométriomes - kystes sanguins ; lésions superficielles et profondes
stade 5
Stade 5 : endométriose extensive.
Présence de lésions pulmonaires / thoracique ou de lésions cérébrales (rare)

Ces stades ne prennent pas en compte la douleur : même une lésion légère placée près d’un nerf par exemple pourra entraîner de très fortes douleurs. Chez certaines femmes leur endométriose de stade 1 peut être plus douloureuse qu’un stade 4 par exemple.

Et l’adénomyose ?

Maintenant qu’on a compris l’endométriose, parlons d’Adénomyose. L’adénomyose ou l’endométriose interne désigne la présence de cellules endométriales au sein de la paroi musculaire de l’utérus, appelé myomètre. Près de 50% des femmes de 40 à 50 ans seraient touchées par cette affection1.

Dessin adénomyose

Ces cellules réagissent encore une fois aux hormones du cycle et entraînent des douleurs et saignements importants pendant les règles, ces saignements ne peuvent pas sortir du muscle utérin, causant des douleurs. L’adénomyose est souvent associée dans 30% des cas à la présence de fibromes utérins et dans 20% des cas à de l’endométriose,2 autrement dit une femme souffrant d’adénomyose peut ne pas souffrir d’endométriose et inversement.

Quelles sont les causes ?

Après avoir étudié le fonctionnement de l’endométriose, j’ai eu très vite besoin de comprendre à quoi était due cette maladie, quelles étaient les causes.

Dessin partie 3 Pourquoi-moi ?

Ça a tout de suite été beaucoup plus compliqué à comprendre, tout simplement parce que le monde médical ne sait toujours pas pourquoi cette maladie apparaît chez 10% des femmes. Il existe bien quelques théories mais elles sont toutes controversées puisqu’aucune n’explique totalement l’endométriose. Entre autres, deux des théories les plus utilisées sont la théorie du reflux de John A. Sampson (1921) et la théorie métaplasique développée par Meyer (1919).

Théorie du reflux

Cette théorie suggère que lors des règles, un reflux sanguin passant par les trompes libérerait du sang dans la cavité abdominale. Ces reflux seraient donc la cause de la migration de cellules endométriales qui seraient ensuite à l’origine des lésions d’endométrioses3. Cependant,90% des femmes sont sujettes à ces reflux sanguins mais seules 10% d’entres elles sont atteintes d’endométriose. Serait-ce alors un défaut du système immunitaire ou bien un facteur génétique qui différencie les patientes atteintes d’endométriose des autres ?

Théorie métaplasique

Cette théorie postule que le péritoine - enveloppe qui englobe les viscères de la cavité abdominale - contiendrait des cellules indifférenciées - cellules non spécialisées en un “type” cellulaire, qui peuvent se transformer en n’importe quelle cellule - qui pourraient dès lors se transformer en cellules endométriales. Cette théorie peut expliquer les très rares cas d’endométrioses masculine4 chez des hommes - non transgenres - qui généralement prenaient des traitements à base d’œstrogènes pour lutter contre un cancer de la prostate par exemple.

Facteurs

Les chercheurs mettent en avant quelques facteurs pouvant causer la maladie, mais rien n’a été encore vraiment prouvé, suggérant qu’un ensemble de causes pourraient en être à l’origine.

Facteurs immunitaires

Les cellules d’endométrioses sont dysfonctionnelles, de ce fait comment ces cellules parviennent à échapper au système d’immuno-surveillance du corps ? Dans les cas de femmes touchées par l’endométriose un déséquilibre est observé avec une activité réduite de certains lymphocytes T - globules blancs impliqués dans l’immunité à médiation cellulaire - ainsi que la sécrétion par les cellules d’endométriose d’une enzyme inhibant la phagocytose - phénomène de destruction aidant à la défense de l’organisme - par les macrophages péritonéaux - cellules du système immunitaire présentes dans le péritoine5.

Dessin dioxine

Facteurs environnementaux

Perturbateurs endocriniens, pollution, produits chimiques,… autant de causes qui pourraient expliquer un dysfonctionnement dans l’organisme des femmes atteintes d’endométriose. Par exemple le cas de la dioxine - toxine présente dans les tampons - a été soulevé mais rien de probant n’a pu mettre en cause cette toxine. On pourrait néanmoins soupçonner l’impact de certaines expositions chimiques sur l’intégrité génétique.

Dessin roundhop

Facteurs génétiques

Depuis quelques années, la recherche s’est penchée sur l’identification de gènes pouvant être impliqués dans l’apparition de l’endométriose. Les études ont pu identifier plusieurs familles de gènes candidats dont les variations génétiques sont associées à cette maladie. Parmi ces familles, on retrouve les gènes impliqués dans l’inflammation, la régulation des hormones stéroïdes, le métabolisme, la biosynthèse, la détoxification, la fonction vasculaire et le remodelage tissulaire5. Pour chaque variation à “risque”, une femme aura 10 à 30% de probabilité de développer cette maladie6.

Pour aller plus loin des chercheurs de l’INSERM ont mis en place une étude concernant exclusivement des patientes présentant des endométriomes ovariens - kystes d’endométriose. L’ADN des cellules d’endométriomes des patientes a été comparé avec l’ADN des cellules de leur endomètre. Les deux ADN comportent des différences qui associées à des variations de l’enzyme DNMT3L. Une de ces variations de l’enzyme DNMT3L multiplie par sept le risque de développer de l’endométriose. La présence de cette variation de l’enzyme pourraient à l’avenir fournir des outils de diagnostic pour détecter plus efficacement cette affection chronique6.

Dessin sav

Endométriose et cancer ?

Le mécanisme de fonctionnement de l’endométriose de par son invasion de certains organes par des cellules dysfonctionnelles rappelle énormément le mécanisme du cancer. Bien que l’endométriose ne soit pas létale, le rapprochement de ces deux maladies peut inquiéter. Une recherche datant de 2010 a mis en évidence la régulation de la division cellulaire pour les lésions d’endométriose à l’inverse des cellules cancéreuses dont la division est anarchique. Dans les faits pour une patiente atteinte d’endométriose le risque de déclencher un cancer de l’ovaire est inférieur à 1%6.

Inscrivez-vous à la newsletter

Et recevez la suite de Deux ans plus tard.

S'inscrire

À propos de l'auteur : Endonymous est l'auteure d'une BD autobiographique appelée Deux ans plus tard dans laquelle elle raconte comment elle vit avec cette maladie intime qu'est l'endométriose et son expérience d'endo-girl.